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Avec la parution de la Carte archéologique de la Gaule consacrée à Poitiers (CAG 86/3), la couverture du département de la Vienne éditée au mois de décembre 2021 en 2 vol. Trouve son couronnement. Dans ce Pré-inventaire, chaque site est doté d’un numéro, reporté dans un SIG (Systèmes d’Information Géographique) réalisé par M. Pierre Nouvel, Professeur à l’Université de Bourgogne-Franche-Comté, à qui est due une ample et originale synthèse, rédigée en tirant profit de l’exploitation de ces données. Les Pictons font leur entrée dans l’histoire à la fin de la Guerre des Gaules, lors du siège par Dumnacus, chef de la tribu des Andécaves, de leur capitale Lemonum, désormais localisée à Poitiers, grâce aux cartes du mobilier reporté sur le SIG. Fort du témoignage d’Aulus Hirtius, légat de César, on sait que cette opération militaire échoua, et que les Pictons furent récompensés, en remerciement de leur soutien naval apporté à César dans sa lutte contre les Vénètes, par l’agrandissement de leur territoire de pas moins du tiers de sa superficie, avec l’annexion du sud de l’actuelle Loire-Atlantique et de la Vendée. Leur « amitié » avec le peuple romain explique pour une part le rapide développement consécutif de leur capitale qui bénéficiait d’un excellent positionnement sur la voie menant de Bordeaux à Tours. Dans le cadre d’un plan orthogonal remontant vraisemblablement à l’époque augustéenne dans son premier état, une série de monuments publics fut alors édifiée le long d’une double rue nord-sud s’étendant sur près de 1200 m. Même si on peine toujours à interpréter les vestiges de ce qui pourrait avoir été un sanctuaire impérial et un arc de triomphe, on a en revanche clairement identifié plusieurs rues agrémentées de portiques, et l’on soupçonne même la présence d’un forum qui reste à dégager. Cette impressionnante perspective monumentale était ponctuée à ses deux extrémités par deux édifices surplombant le Clain : au nord, les grands thermes de Saint Germain ; au sud, le plus grand amphithéâtre d’Aquitaine, bâti sans doute à la fin du Ier siècle. La ville était par ailleurs abondamment approvisionnée en eau par trois aqueducs. Cette « débauche architecturale » résultait de l’évergétisme de grandes familles indigènes romanisées, qui tiraient leur fortune de l’exploitation foncière du territoire picton.Sous le Haut-Empire, le plateau de Lemonum se divise clairement en deux espaces distincts : à l’ouest de la perspective monumentale, l’habitat et les espaces artisanaux du Ier siècle reculent, peu à peu, au profit de bâtiments publics (thermes, sanctuaires…), alors qu’à l’est de cet axe habitations et ateliers d’artisans se développent. Sous le Bas-Empire, c’est cette seconde zone, où furent élevés les premiers monuments chrétiens, à l’instar du baptistère Saint-Jean, qui sera ceinturée par un imposant rempart, alors que la première sera abandonnée. La rédaction de ce pré-inventaire doit beaucoup à la documentation réunie au XIXe siècle par plusieurs chercheurs locaux, comme H. Pinchaud et F. Bonsergent, et à l’aide précieuse de J. Hiernard, grâce auquel l’auteur a pu consulter les données antérieures aux années 1980. Pour autant, les connaissances ont été renouvelées en profondeur par plusieurs grandes fouilles conduites lors des quarante dernières années, notamment par l’INRAP ; que F. Gerber soit vivement remercié de y avoir libéralement donné accès. Face au succès permanent dont bénéficie auprès d’un large public la collection de la CAG, qui dispense un moyen incomparable d’accès à l’information archéologique locale, l’Académie a été conduite au cours des années passées à procéder, dans le respect de l’obligation d’exploitation permanente et suivie que lui impose, en tant qu’éditeur, l’art. L 132-12 du code de la propriété intellectuelle, à la réimpression ou à la refonte de pas moins d’une trentaine de pré-inventaires. Les derniers volumes concernés, respectivement dus à Éric Dellong et à Roland Delmaire, portaient sur Narbonne et le Narbonnais (CAG 11/1, 2002) et Le Pas-de-Calais (CAG 62/1, 1994).