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Après avoir éprouvé les vertus d'un regard féministe et queer posé sur des formes de cinéma populaire dans son ouvrage La Fiction réparatrice (2018), Émilie Notéris porte son analyse sur des œuvres d'art réalisées par des femmes aux XXe et XXIe siècles, et la nécessité pour celles-ci de se constituer leur propre généalogie, l'histoire de l'art officielle étant encore trop occupée par les pères et leur progéniture pour tenir compte des mères. Biologiques ou électives, celles-ci proposent d'autres outils et d'autres raisons de créer, au sein d'une multitude d'histoires rhizomatiques. Ce faisant, l'autrice prend conscience que son analyse féministe reste inachevée si elle ne prend pas en considération les femmes artistes noires, leur histoire spécifique et les relations qu'elles entretiennent par-delà les diverses diasporas. Cet ouvrage, à la fois littéraire et analytique, esthétique et politique, est aussi une réflexion sur les nécessités de la recherche en art aujourd'hui : la volonté de dénaturaliser nos champs de vision et nos outils critiques, de faire attention à ce qui est rendu visible ou maintenu invisible, et la nécessité de considérer la complexité des intersections entre race, classe, sexe et genre. De produire, enfin, une analyse de l'art non plus pour célébrer le passé, mais ouvrir des potentialités interprétatives au présent.