L'œuvre d'Augusto Roa Bastos place la dialectique écriture-oralité au cœur de la création littéraire. Cette constante est un héritage de la culture paraguayenne et de son double univers guarani et espagnol dont l'auteur se veut le médiateur. La présence dans ses textes de la langue guarani mais aussi de mythes, croyances et chants de la tradition orale témoignent, à la fois, de la source et du modèle de l'œuvre roabastienne. Le recours à ce fonds commun traditionnel ou à des procédés narratifs spécifiques de la communication orale ne suffisent pourtant pas à créer une analogie parfaite entre écriture et oralité. Forger une oralité de l'écriture relève de l'entreprise impossible. L'écrivain paraguayen tente de contourner l'aporie, sur laquelle se fonde son œuvre jusqu'au magistral Yo el Supremo, en utilisant les structures narratives caractéristiques des textes oraux traditionnels qu'il érige, dans les années 80, en «poétique et éthique des variations». Les années 90 marquent autant le retour d'Augusto Roa Bastos au Paraguay et à l'écriture que la distanciation face à la dialectique écriture-oralité.
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