Au lendemain de la déroute électorale des Faisceaux de Combat aux élections législatives de novembre 1919, Benito Mussolini envisage d'abandonner la politique. L'individualiste nomade, « l'aventurier de tous les chemins » s'est convaincu que les joutes électorales d'un parlementarisme qu'il n'a, au fond, jamais cessé de haïr, lui sont fondamentalement étrangères. Alors âgé de 36 ans, il s'imagine errant de par le monde avec son violon.
Avec Avant qu'il ne devînt le duce, Emilio Gentile nous fait découvrir un homme méconnu, le Mussolini pré-fasciste et primo-fasciste. Instituteur socialiste étouffant dans le cadre provincial romagnol, journaliste républicain, francophile et jacobin, militant socialiste maximaliste, celui qui n'est pas encore le Duce est avant tout un esprit en fiévré convaincu qu'il ne trouvera la paix qu'en remodelant les destins de l'Italie, du monde ouvrier, et de l'Europe. Une ambition qui le mènera à d'innombrables revirements et recompositions politiques, et non des moindres : l'anti-militariste devient interventionniste, le révolutionnaire se fait réformiste, le partisan de la lutte des classes veut désormais leur collaboration pacifiée autour du drapeau tricolore.
Emilio Gentile détaille avec une minutie stupéfiante, parfois au jour le jour, les étapes d'une évolution bouillonnante aux limites du cynisme, dont on sait pourtant qu'elles jalonnent la marche vers une expérience totalitaire que « l'homme qui cherche » est, à ce moment-là, encore loin d'imaginer.
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