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Après Le corps clairvoyant, livre qui regroupe les poèmes de Jacques Dupin publiés chez Gallimard de 1963 à 1982, un second volume de Poésie/Gallimard reprend, sous le titre Ballast, les recueils composés les vingt années suivantes. Le choix de cet intitulé pour le moins lapidaire n'est pas fortuit et marque l'âpre volonté de considérer les mots du poème à l'égal de ces pierres brisées que l'on tasse sous les traverses des voies ferrées. Humbles supports, mais irréductibles, et qui sont nécessaires au transport, voire au voyage. La minéralité est ici plus présente que jamais, à quoi s'ajoute cette force de rupture perçue d'emblée par Jean-Pierre Richard : "Le paysage de Dupin ne s'affirme en effet qu'en se trompant. Il naît de sa propre déchirure : disjonction qu'il réinvente, et interroge sans cesse sur le mode essentiel de l'agressivité. Foudres, rafales, chocs, saccades, lames, socs, pelles, brèches, enfoncements, éraflures, écorchures, obscurcissements, éclatements, dislocations, naufrages : voilà quelques-uns des instruments et des figures en lesquels se rêve, monotone et toujours varié, le si puissant dynamisme de l'assaut." Un assaut qui se fonde aussi sur le refus radical des codes, des parures, des agréments, des séductions faciles. Comme le suggère Contumace, l'un des recueils repris ici, Jacques Dupin n'est pas un poète qui accepte de comparaître et, s'il doit être jugé, c'est à coup sûr en son absence. Sa poésie, toute d'intensité et d'inconfort, est de celle qui ouvre des brèches et laisse un réel échancré, sous une rude averse de grésil.