L'attitude de Benjamin Constant à l'égard des anciens a toujours été complexe. Les Grecs et les Romains, dont l'imitation anachronique avait été dans l'histoire de France lourde de répercussions, restaient à ses yeux les seuls peuples pour lesquels le mot de liberté avait eu un sens avant les temps modernes. D'où la richesse de significations attribuées aux anciens - à leur modèle, à leur histoire - dans son oeuvre : banc d'essai d'une théorie du sujet politique et de ses illusions ; détour essentiel pour porter sur la modernité un regard oblique, à la fois dépaysé et familier ; mémoire historique des rapports établis par les hommes entre croyances et vie politique, et des parcours qu'ils ont suivis pour acquérir - ou perdre - leur liberté. Des écrits de sa jeunesse à De la religion, en passant par des textes connus - comme le Discours de 1819 sur la liberté des anciens et des modernes - et par d'autres moins connus, Constant écrivit un chapitre marquant dans l'histoire de la perception moderne du monde ancien. Le relire aujourd'hui signifie réfléchir, à travers la « passion démocratique » de son auteur, sur la façon dont nous avons hérité et en même temps construit notre identité et nos racines.
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