Il est des êtres rares, dont la vie fut un destin, parce que ceux qui la
vécurent ne se contentèrent pas de se laisser porter par la fuite des jours
ou, comme l'a si bien dit Aragon, ont préféré «voler avec les aigles
quand d'autres picoraient avec les poules». Telle fut assurément celle
de Bertène Juminer (1927-2003), enfant de la Guyane et de la Guadeloupe,
pur produit de la «méritocratie» républicaine, devenu successivement
médecin, chef de service à l'Institut Pasteur, professeur agrégé
de médecine, enseignant en Tunisie, en Iran, au Sénégal et en France,
avant de revenir sur sa terre natale pour y exercer la charge de Recteur-Chancelier
de l'Université Antilles-Guyane, où son autorité pesa sur
bien des questions décisives. Responsable universitaire, acteur essentiel
de la santé publique, mais aussi animateur du développement économique,
social, sanitaire et culturel des Antilles et de la Guyane, cet
homme de science - et scientifique hors pair en tant que grand spécialiste
des affections parasitaires - fut aussi un homme de lettres inspiré,
dont Aimé Césaire salua les débuts, auteur de romans ayant fait de lui
un des écrivains majeurs de la littérature franco-caraïbéenne et le
chantre inlassable de «la parole de nuit», prônant le dialogue de l'interculturalité,
comme de la «bâtardise» exprimant la culture complexe
des Antillais et Guyanais. Pour la première fois, cinq ans après sa
disparition, c'est tout à la fois la biographie de Juminer, mais encore
l'analyse littéraire de son oeuvre, qui sont proposées dans cet essai et,
avec elles, le développement d'une vision philosophique de l'identité et
de la pensée d'un peuple exceptionnel, tour à tour enfant de l'Afrique,
de l'Amérique et de l'Europe.
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