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Un récit à deux voix, celle d’un critique et celle de Louisa, l’épouse, qui nous dévoile un Calder intime : créateur foisonnant, poète du métal, figure majeure des avant-gardes, bricoleur-poète entouré des artistes majeurs de son époque. Grâce à l’écriture ciselée de Mercoyrol, l’artiste reprend vie dans un portrait vibrant, sensible et profondément humain.
La première chose qui surprend le lecteur de ce Pas de deux est certainement la découverte d’un texte chanté à deux. Car à côté de la voix allegro du narrateur critique d’art, se glisse une voix plus inattendue, mélancolique, en adagio, celle d’une femme qui s’épanche dans des lettres adressées à un(e) inconnu(e). Parfois, les deux se font écho ou se répondent. Parfois, la voix féminine s’élève en solo ailleurs, dans des recoins plus intimes. Une des forces du livre se loge dans l’invention de ce personnage féminin, Louisa, l’épouse de l’artiste, qui vient nous raconter elle aussi qui était Sandy, mais qui nous confie également ses pensées et des morceaux de son existence : loin d’être une maîtresse de maison tandis que son mari crée, ou de se réduire à la gardienne de la mémoire du génie défunt, on découvre une person-nalité singulière, une femme qui pleure seule dans sa chambre d’hôtel l’assassinat de Kennedy et confie ses découragements politiques, qui, après une fausse couche, réfléchit à la place du « sang des femmes » dans les sociétés patriarcales, qui raconte le deuil impossible de l’être aimé, ou qui trouve la clé pour lire l’énigme du portrait de Calder photographié par Penn. Cette inflexion féminine n’est sans doute pas étrangère à notre perception de Calder qui s’élabore au fur et à mesure des pages. Un personnage Janus, à la fois bricoleur et poète, artisan et sculpteur, génie et bon vivant, un artiste consacré avec sa chemise rouge légèrement débraillée. Celui que son ami Masson appelle « le forgeron des libellules géantes » est certes l’auteur des mobiles et des stabiles qui l’ont rendu célèbre, mais aussi un homme qui croque des animaux dans ses carnets, combine des personnages en fil de fer, met en scène et agrandit infatigablement son cirque, fabrique des bijoux pour ces proches ou des meubles pour sa maison. Calder en pas de deux. À l’image de son œuvre, vide et pleine, allègre et grave, qui conjugue l’espace avec le temps, et dont la résolution des contraires est peut-être à chercher du côté de la figure de la spirale.