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Le jeune Julian B., 15 ans, a poignardé Philippe D., un élève de sa classe. Drame de la jalousie, s’est-on empressé de conclure. Est-ce si sûr ? Selon le professeur de lettres des deux lycéens, les poètes Arthur Rimbaud et Charles Baudelaire y seraient aussi pour quelque chose. Sept protagonistes se relaient pour confronter leurs témoignages et évoquer la figure du meurtrier, auxquels vient s’ajouter un huitième, la victime elle-même, qui pourrait avoir sa part de responsabilité dans la survenue du drame. Que la poésie, en la personne de deux de nos auteurs les plus célèbres, y ait également la sienne n’est sans doute pas le moindre des paradoxes. Si la rivalité des deux ados endosse les habits d’une querelle littéraire qui pourrait sembler dépassée aujourd’hui, c’est parce que le meurtrier s’est découvert un double incandescent dans l’enfant de Charleville (toujours aussi actuel), quand « le rival » y voit essentiellement un voyou (Rimbaud le Voyant/Rimbaud le voyou, vieille dichotomie), un voyou répugnant qui couche avec des porcs, affichant un point de vue ouvertement homophobe et un rejet très bourgeois de qui n’appartient pas à son monde. Le meurtrier n’a pas ces préventions, pour qui Rimbaud symbolise la nouveauté dans l’écriture et la liberté de moeurs. Ainsi que l’Aventure. Cette querelle n’est rien moins qu’un prétexte à une rivalité « amoureuse » (p. 167-168 : « ces rivalités stupides qu’on croit pouvoir hisser au rang de grande cause littéraire, alors que ce ne sont qu’animosités et jalousies, coups de griffes et prises et de becs, hérissements de crêtes de deux jeunes coqs qui connaissent encore si peu la vie, qui ont appris qu’elle est mortelle sans rien savoir de ce qui nous tue, au point que l’un va jusqu’à poignarder l’autre pour essayer de comprendre. », selon le professeur, qui n’est pas dupe). On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans...