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Pour les Québécois, le projet hydroélectrique de la Baie-James, présenté en 1971, a marqué le point culminant de la Révolution tranquille. C'était l'affirmation exaltante de notre savoir-faire, mais c'était surtout la prise de possession, physique et symbolique, de l'ensemble du territoire sur lequel le peuple du Québec était destiné à connaître enfin son plein épanouissement. Et si ce grand projet avait un côté sombre? Et si, en affirmant notre langue, notre culture et notre emprise sur le territoire, nous avions été sourds et aveugles à l'attachement d'un autre peuple à sa langue, à sa culture et au territoire que ses ancêtres occupaient depuis des millénaires? Choquant, dérangeant, exprimant des vérités sur lesquelles on préférerait parfois fermer les yeux, ce livre est un document essentiel pour comprendre le point de vue des Inuit dans le bras de fer qui les a opposés à Québec, sous le regard distant, mais non indifférent, d'Ottawa. C'est une occasion unique d'entendre une voix qui a eu bien peu d'échos dans les médias du Sud et, pour les Québécois, de faire un examen de conscience salutaire quant à la façon dont ils ont, par le passé, transigé avec les Premières Nations. Pendant des décennies, les Inuit de l'Arctique québécois ont compté parmi les communautés les plus défavorisées au Canada. Il a fallu la bataille judiciaire déclenchée par l'annonce du projet de la Baie-James pour que le monde se souvienne enfin de leur existence. C'est ainsi qu'une communauté de quatre mille âmes, dispersée sur un immense territoire, n'ayant jamais connu d'institutions pour les représenter ou quelque forme d'autogouvernement, a dû, du jour au lendemain, se mobiliser et créer les structures nécessaires pour affronter un ennemi dont la taille et la puissance étaient infiniment supérieures aux siennes. C'est ce combat héroïque qui est raconté dans ce livre, avec verve, passion et une ironie souvent mordante.