Les ravages corporels et leurs représentations, signes d'outrage
aux corps, forment un trait d'union trop souvent négligé entre
l'Antiquité et le Moyen Âge. À avoir opposé des civilisations
anciennes marquées par un certain «culte du corps» à des sociétés
médiévales méprisant la chair, on en aurait presque oublié que
le corps y voyage à travers les savoirs, de l'histoire à la littérature,
de la science au droit, de la biologie à la théologie et la philosophie.
Aussi les sources nous invitent-elles à regarder au-delà des
frontières historiques et culturelles qui séparent l'Antiquité et le
Moyen Âge. De la plus haute Antiquité au Moyen Âge tardif, chaque
outrage au corps physique est lourd de sens : faisant écho
dans le corps social, il renvoie aux normes et aux assises de l'ordre
politique, affirmant une morale, des valeurs et des croyances qui
cimentent les corps constitués dont l'individu n'est que partie. La
signification des outrages aux corps diverge suivant la personnalité
ou la fonction de celui qui brutalise, comme de celui qui est
maltraité. Elle est aussi tributaire du système de représentation du
temps et du lieu, du contexte et de l'univers culturel dans lesquels
ils s'inscrivent. L'objet de cet ouvrage collectif est de comprendre
comment les sociétés antiques et médiévales représentent le modelage
du corps humain, à la fois au plan social, mental, politique et
religieux, dans l'intention de façonner des individus adaptés à des
environnements propres. Il s'agit de saisir comment les outrages
et les ravages infligés aux corps physiques et symboliques offrent
des clés de compréhension générale de la société qui voit le corps
vivre et mourir.
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