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A la fin de l'été 1938, Pascal Pia, chef des informations à Ce Soir, le quotidien que dirigeait Louis Aragon, arrive à Alger. Une partie de la gauche non communiste algéroise lui a demandé de créer un quotidien. Ce sera Alger républicain. Intime d'André Malraux et d'Henri Calet, proche de Jean Paulhan, lié à Pierre Mac Orlan et Roger Martin du Gard, Pia est un homme de l'ombre que le Paris littéraire des années 30 respecte. Le nom même d'Albert Camus lui est inconnu. A ses yeux, c'est un jeune homme qui cherche du travail dans la presse. D'ailleurs, il l'embauche comme rédacteur au sein de sa modeste équipe. Ensemble, ils font Alger Républicain, et ainsi naît une amitié profonde qui ne fera que se renforcer au fil des mois. Une amitié faite d'attention réciproque, de projets et de fermeté face à la censure qu'impose dès 1939, le gouvernement général d'Algérie. Une amitié qui traverse la guerre sans faiblir. Pascal Pia est l'homme qui fait publier, en pleine guerre, L'Etranger et Le Mythe de Sisyphe, l'homme qui fait entrer Camus dans la Résistance et lui offre de co-diriger, dès la libération de Paris, l'un des quotidiens les plus marquants de la fin des années 40, Combat. Les deux hommes ont échangé avec passion. L'un construisait son oeuvre et se faisait connaître bien au delà de la rive-gauche ; l'autre ne pensait qu'à se cacher et n'en demeurait pas moins, par son immense culture et son exigence, un personnage incontournable de la vie intellectuelle. Leur rupture en 1947 fut un événement. Elle fut également définitive.
Yves-Marc Achjenbaum a notamment écrit une histoire du journal Combat (et plus récemment Les Judaïsmes). Il est journaliste et responsable du courrier des lecteurs du Monde.