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Nombre d’entre nous ont entendu parler de l’engagement de la MJC de Briançon dans l’accueil des migrants à la frontière italienne. Nous savons moins que cet engagement a sans doute signé son arrêt de mort. Nous le savons moins car cet arrêt, le nouveau maire élu en 2020 l’a signé sans opposition. La banalité du bien a d’abord pour vocation de conjurer cette indifférence. Lorsqu’en 2024, l’association de la MJC, alors en procédure de liquidation judiciaire, commande à François Beaune un livre sur son histoire, l’idée est d’imprimer une expérience collective. L’écrivain, qui depuis quinze ans porte haut la littérature documentaire, se lance alors dans une série d’entretiens des acteurs principaux de cette aventure. L’histoire sera racontée par ceux qui l’ont faite. Et même par la MJC elle-même, à laquelle Beaune confie la narration. Le récit tourne alors à l’enquête sur soi, à l’auto-investigation : que m’est-il arrivé ? Que s’est-il passé ? Quels sont les agents, les opérateurs, les causes de mon déclin soldé par une extinction ? Qui a tué une structure devenue tellement vitale à l’écosystème briançonnais qu’elle semblait immortelle ? Le chœur de témoins restitué par l’auteur remonte toutes ces années. Il y a d’abord l’enfance dans les années 60, gaulliste, sérieuse et responsable. L’adolescence est comme il se doit plus tumultueuse : soixante-huitarde, baba cool, autogestionnaire. La vingtaine et la trentaine sont radieuses : madame MJC rayonne sur le nord du département, devient Centre Social, compte 17 salariés, héberge maintes associations. Elle atteint sa pleine maturité dans les années 2000, qui est aussi son pic. Faut-il imputer le déclin des années suivantes au seul nouveau maire ? N’y a-t-il pas des raisons plus profondes, et peut-être plus inquiétantes ? N’ai-je pas tout simplement fait mon temps, s’interroge la narratrice et personnage principal ? Est-ce que l’époque autoritaire et marchande peut encore tolérer une structure associative reposant sur le bénévolat, c’est-à-dire littéralement la bonne volonté des un.es et des autres, sur la bonté ordinaire, banale oui. Est-ce que cette époque si prompte à remettre sa vie entre les mains de la technologie peut encore comprendre quelque chose de la belle histoire de l’éducation populaire, dans laquelle s’inscrit pleinement la MJC de Briançon, et de la foi qui l’irrigue dans la capacité de chacun à penser et agir sa vie ? Racontant la France de l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui, l’histoire de la MJC offre un point de vue imprenable sur notre temps, et un matériau précieux pour qui veut réfléchir aux moyens de survivre dans cette adversité. Cette publication, co-éditée par Transhumances et Cause perdue, a aussi vocation à entretenir ou réveiller l’ardeur de l’éducation populaire, en provoquant l’organisation de débats. Alors ce livre sera plus que jamais ce qu’il est : une contribution à l’effort collectif.