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Dans une grande hallucination, Alexandre Blok rédige Douze entre le 8 et le 28 janvier 1918. La publication de ce texte provoque une vraie tempête. Peu d’écrivains ont osé faire aussi vite de la Révolution le thème central d’une œuvre littéraire. Dans les rues de Petrograd, les murs sont placardés d’affiches où figure un vers du poème : “Marquez le pas révolutionnaire !” Relayés par la critique soviétique, les bolcheviques font de Douze leur étendard. Cependant, le poème s’attache à l’âme de la Révolution plus qu’à la révolution politique elle-même. C’est une œuvre inaugurale au sens où il invente le langage nouveau de la modernité poétique en Russie. Par ses recherches rythmiques, Douze est lié à toute l’œuvre antérieure de Blok, dont il est l’aboutissement et le dépassement. Son rythme novateur crée le vers tonique libre en russe : la distinction entre la cadence du vers et celle de la langue parlée s’efface. Les poèmes, au nombre de douze, n’en forment qu’un, liés entre eux par la continuité narrative de l’avancée des douze soldats dans la tempête de neige.