Visitant Bordeaux au début du XVIIIe siècle, Dom Edmond Martène et
Dom Ursin Durand signalent que « les Cordeliers ont seuls le droit d'enterrer les
juifs, dont on compte environ cent familles dans Bordeaux, où ils n'ont point de
synagogue ni aucune marque qui les distingue. Ils mettent sur les tombes de leurs morts
des épitaphes, dans lesquelles ils comptent les années depuis la création du monde ».
Établis à Bordeaux à la suite de Lettres Patentes octroyées par Henri II en 1550, les
« Nouveaux Chrétiens » ou « Marchands Portugais » étaient issus de juifs convertis
de la péninsule Ibérique. Dissimulant leur identité et leurs observances juives, ils inhumèrent leurs morts, deux siècles durant, dans des terrains dépendant de divers monastères. En 1728, la Nation juive portugaise acquit un cimetière particulier (aujourd'hui
situé au 105 cours de la Marne), un espace religieux du XVIIIe siècle pratiquement
inchangé au XXIe siècle.
Ce volume analyse et synthétise le discours gravé sur 255 sépultures en regard des paysages
homologues de la diaspora portugaise à Amsterdam, Hambourg, Londres, à Curaçao,
à La Jamaïque, au Suriname. Il dresse l'historique de la Nation portugaise et la problématique du crypto judaïsme ou marranisme ; il parcourt les sites funéraires portugais antérieurs et postérieurs à l'achat du cimetière, analyse le programme épigraphique et son décor
en fonction des temps, des espaces, des langues, des individus eux-mêmes, de la Nation, des
confréries ; il traite du discours du judaïsme dans l'Europe des Lumières sous l'angle du
salut des vivants et des défunts, de la vision de l'au-delà. Il fonde, enfin, l'ensemble du corpus d'épitaphes dans leurs composantes espagnole, hébraïque et portugaise.
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