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Curieux destin que celui de Garder le mort, premier livre de Jean-Louis Giovannoni, publié en 1975 aux éditions de l’Athanor. Réédité dès l’année suivante, le livre en est aujourd’hui à sa sixième édition. Ce succès immédiat, jamais démenti dans le temps, tient paradoxalement à la grande violence du texte, cette violence hypnotique de l’évocation du deuil de la mère. Garder le mort est une opération à cœur ouvert, un livre clinique et bouleversant. Le lecteur n’a pas d’échappatoire, hypnotisé par le scalpel d’une écriture qui révèle la peur. Jean-Louis Giovannoni interroge l’élasticité du corps, masse fermée devant soi, masse fermée en soi. Livre de la chair, du noir, des humidités. Livre du dégoût : livre qui a retourné la pudeur. Nos organes, nos moignons, nos glandes, tout cela enfermé dans le noir. Nos contractions, nos mouvements embarrassés du corps face au corps inerte. Poète légiste : « on ne peut pas se fuir ». Corps posé dans les pièces froides, derniers mouvements de vie à l’intérieur, Giovannoni mesure sa crispation contre la nôtre. On lui ferme les yeux et la bouche, on le lave, on l’habille, on le veille. On vit dans les odeurs. C’est le rituel silencieux du côtoiement de la mort, le passage suffoquant vers la parole retrouvée. Plus qu’un livre unique, Garder le mort est un livre seul. Cette édition définitive présente, à la suite du texte original, une version préparatoire de Garder le mort, ainsi que des poèmes inédits écrits juste après la parution du livre.