À lire la critique nervalienne, on a souvent le sentiment que Gérard
de Nerval est devenu poète par hasard. Cet ouvrage a pour objectif de
débarrasser le charmeur romantique de son image de «gentil fou» en
replaçant le fonctionnement et les enjeux du syncrétisme nervalien
dans une perspective poétique. Qu'entend-on par syncrétisme ? Peut-on
appliquer au domaine littéraire un terme relevant de l'anthropologie
et de la psychologie ? Par delà le dédale des références mythologiques,
l'écriture dessine de véritables configurations qui génèrent une écriture
lyrique plurielle. Si, dans Aurélia et Les Chimères, les différents
niveaux de réécritures, de la plus résiduelle à la plus complète,
s'agencent différemment selon l'environnement textuel, ces modes
d'apparitions du mythe se conjuguent pour interroger le sujet et mettre
en scène sa quête identitaire. Le lyrisme se nourrit de la dynamique
narrative et symbolique des actualisations pour sortir de l'expression
autarcique et statique des sentiments. La convergence paradoxale du
mythe, récit universel, et du lyrisme, représentation de l'affect
personnel, s'inscrit dans un projet esthétique précis. Il s'agit de
remettre en cause les catégories génériques et langagières pour
retrouver le chant d'Orphée : une parole libérée de ses entraves, relais
des voix du monde.
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