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La poésie d'Aimé Césaire reste fermée à qui ne succombe à l'ivresse des mots. C'est dans un tourbillon vertigineux de mots que nous entraîne le poète, tourbillon d'où nous émergeons suffocants mais éblouis, ivres mais émerveillés par le prodigieux kaléidoscope des images césairiennes.
Béhémot.
Je m'ébroue dans une mouvance d'images (Les pur-sang). L'homme secoue sa carcasse de cuivre jaune pour la débarrasser de l'écume et des scories grises et lourdes accumulées au cours des temps de souffrance et d'aliénation. Le mot rare césairien n'est pas le produit inane d'une recherche dans le baroque précieux. Le mot rare durcit la parole en verrouillant toutes voies, en ne la rendant accessible qu'à la conscience préparée, à l'esprit initié.
Rien ne délivre jamais de l'obscurité du dire.
Dire de pudeur et d'impudeur.
Dire de la parole dure (Configurations).
Nous demeurons au seuil du poème, sans jamais y entrer, si le mot ne nous touche pas dans son éclatante réalité. Jamais nous n'entrerons dans Poème pour l'aube si nous ne savons pas que le mot fougue est un vieux terme de marine qui désigne le mât d'un bateau. Nous ne pénètrerons jamais dans Fantasmes si nous ignorons que le train rafale a réellement existé. De même, ce mystérieux plongeon d'îles (Cahier d'un retour au pays natal) n'est qu'un oiseau des îles fort bien décrit par Buffon? etc.
Ce glossaire se veut modeste contribution à la levée ? si cela se peut ? de ce prétendu hermétisme qui colle aux basques de la poésie césairienne et qui n'est en fait, qu'une recherche éperdue de la vérité du mot.