Quelle est aujourd'hui la tâche impartie à la pensée ? Telle est la question
au centre de l'explication avec Hegel que tente ici Heidegger. Pour
Hegel, la philosophie doit prendre la forme de la science et déposer son
vieux nom d'«amour du savoir» pour devenir savoir effectivement réel.
Mais ce savoir absolu auquel elle prétend accéder est-il autre chose en
vérité que la confirmation de l'oubli initial qui s'est joué avec l'appréhension
de l'être sous le signe du logos ? Et si la science de la logique,
loin de l'universalité inconditionnée qu'elle croit atteindre, restait en fait
prisonnière de l'histoire très relative qu'elle achève ? En mettant au jour
les présupposés de la philosophie hégélienne, Heidegger non seulement
plonge au coeur de la métaphysique occidentale, mais prépare les conditions
de son dépassement.
Ce volume consacré à Hegel a paru en 1993 comme tome 68 de l'édition
intégrale des OEuvres de Martin Heidegger. Il regroupe deux traités non
publiés du vivant de l'auteur : le premier, La négativité, est un ensemble
de notes rédigées en 1938-1939 et 1941 ; le second, Éclaircissement de
l'Introduction à la Phénoménologie de l'esprit de Hegel, est un commentaire
écrit en 1942 qui annonce, mais en suivant une autre progression,
celui publié en 1950 sous le titre «Hegel et son concept de l'expérience»
dans les Chemins qui ne mènent nulle part. Centrés sur des moments différents
de l'oeuvre hégélienne, la Science de la logique et la Phénoménologie
de l'esprit, ces deux traités sont à bien des égards complémentaires et
constituent une pièce maîtresse de l'explication que Heidegger a engagée
avec Hegel dès l'époque d'Être et Temps pour la poursuivre, en des modes
divers, tout au long de son chemin de pensée.
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