Si la notion d'«ordre(s)» est familière aux historiens du Moyen
Âge, il est loin d'en être de même pour celle de «hiérarchie». Au
reste, le terme n'a pas bonne presse chez les chercheurs en sciences
humaines et sociales, qui s'en méfient pour ses relents d'Ancien
Régime et préfèrent souvent parler de «stratifications sociales», comme
si choisir, distinguer, hiérarchiser les valeurs n'étaient pas dans les mondes
du passé comme dans celui d'aujourd'hui à la base même de l'action
sociale.
D'origine grecque - hieros (sacré) et archos (fondement, commencement, commandement)
- le terme «hiérarchie» est d'un emploi longtemps rare dans la
latinité. Les concordances automatisées du latin permettent de savoir avec précision
que le succès lexical de hierarchia n'est pas antérieur au tournant des
années 800 et qu'il dépend directement de la traduction depuis le grec des écrits
du Pseudo-Denys l'Aréopagite, spécialement la Hiérarchie céleste et la Hiérarchie
ecclésiastique. Concomitance intéressante, l'adoption généralisée du terme hiérarchie
dans l'Occident médiéval, entre le IXe et le XIe siècle, est contemporaine
d'une conception de la société rapportée à l'harmonie du cosmos qui fait du
monde des hommes un reflet de l'ordonnancement voulu par Dieu - un ordonnancement
propre à confondre ecclésial et social ou, dit autrement, à faire
d'Église et société deux termes coextensifs. Dans cette logique, puisqu'il ne
saurait y avoir de critère laïque d'appartenance aux groupes sociaux, le concept
de hiérarchie permet au médiéviste de rendre compte de l'ensemble des processus
d'organisation d'une société stratifiée parce qu'aspirée vers le divin. Il
permet autant de décrire un jeu de places que de saisir la dynamique de processus
à l'oeuvre dans la grande fabrique du social.
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