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Le présent volume, avec lequel s’achève notre traduction intégrale des 9 tomes de l’édition grecque des Journées, peut légitimement apparaître, dans la lignée du précédent, comme le livre « total » d’un poète, d’un dia- riste et d’un diplomate qui serait en même temps essayiste, historien, épis- tolier, photographe, traducteur, mélomane et lexicographe à ses heures. Notre premier tome s’achevait sur les journées glaçantes du mois de décembre 1944, avec ses manifestations, ses combats de rues et ses tue- ries, annonciateurs de la guerre civile qui allait bientôt écarteler le pays. La nomination de Georges Séféris au poste de conseiller d’ambassade à Ankara, en 1948, lui permettra d’y échapper en grande partie, mais en aiguisant le sentiment douloureux et ambulant que la Grèce lui inspire depuis toujours. Tout comme le feront ses missions successives, à Londres d’abord, au début des années 50, et dans les pays du Moyen-Orient ensuite (Liban, Syrie, Iraq, Jordanie), à nouveau sillonnés pour l’occasion en tant qu’ambassadeur itinérant. À la fin des années 50, et jusqu’à son retour défi- nitif en Grèce en 1962, le voyageur impénitent qu’il avait été jusqu’alors paraîtra s’estomper devant celui qui est entre-temps devenu l’ambassadeur de Grèce en Grande-Bretagne, dernière étape d’une longue, pesante, car- rière diplomatique. En Angleterre même, l’ambassadeur finira par s’effacer devant le poète lorsque viendra le temps des honneurs et d’une reconnais- sance d’autant plus assurée, dirait-on, qu’elle aura été relativement tar- dive, et qui culminera avec l’attribution du prix Nobel de littérature, en novembre 1963. La petite dizaine d’années qu’il lui restera à vivre, il les passera à arpenter son Ithaque retrouvée, tel un Ulysse réconcilié – même si les toutes dernières seront assombries et rendues mutiques par la dictature des colonels et la chape de plomb que ceux-ci imposent au pays. Au centre de ces pages, il y a, dans les années 1950 la découverte émer- veillée de Chypre à l’automne 1953, comme une sorte de miracle venant en quelque sorte réparer la désolation que fut le retour au para- dis perdu de son enfance, Skala, lors d’un voyage en Asie Mineure. On y trouvera aussi l’évocation de ses amitiés lumineuses avec T.S. Eliot, Saint-John Perse, Yves Bonnefoy, ses rencontres avec Henri Michaux, Paul Éluard, Dylan Thomas ou Pierre Leyris – qui contribuent à faire de lui notre quasi-contemporain – et, surtout, le lien indéfectible qui l’unis- sait à son pays, la Grèce, dans sa grandeur et ses petitesses. Mais au- delà de la radiographie d’une époque et d’une identité, cette somme est d’abord, et avant tout, le vademecum d’un poète qui ne cesse de s’inter- roger sur son art, à la recherche des conditions qui lui permettront de s’acquitter au mieux de sa tâche. Car c’est au poète, aussi bien, qu’il revient « d’incarner sous sa forme la plus achevée la dimension spirituelle de l’aire hellénique, dont il se trouve être le porte-parole le plus responsable ».