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Le 4 novembre 1838, M. Beyle fait consigner sa porte au quatrième étage du 8, rue Caumartin. Le Cerbère de l'immeuble a reçu l'ordre de répondre aux visiteurs éventuels que M. le Consul est à la chasse. Il chasse en effet, mais pas ce qu'on croit. Le 26 décembre, le "tableau" qui couronne et achève cette partie cynégétique si longue et si brève est impressionnant : un épais manuscrit, aussitôt transmis à l'éditeur. On ne peut évidemment, dans un premier mouvement, que partager la stupeur émerveillée de l'opinion reçue devant pareille performance. Qu'un monument d'écriture aussi complexe et puissant ait été bâti en si peu de temps tient assurément de l'exploit, tant physique du reste qu'intellectuel, et assure à Stendhal une place enviable dans le livre des records de la créativité. On songe avec désolation à Flaubert, balançant pendant quinze jours entre deux épithètes, s'exténuant pendant six semaines sur un alinéa, et l'on compare cette sainteté laborieuse et masochiste avec la facilité insolente, provocante, impardonnable au fond, avec laquelle Stendhal s'élance, cravache et brûle la poste. L'impertinent ! [...] En attendant, il écrit non seulement son chef-d'oeuvre, mais un chef-d'oeuvre du patrimoine universel, en moins de huit semaines : et tant pis pour les besogneux.