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20 juin 1767. Le capitaine Wallis et son équipage découvrent, par temps brumeux, la presqu’île de Taiarapu, et pensent apercevoir, plus loin dans les nuages, « la cime de plusieurs monts, qui s’étendaient du S au SO, à plus de vingt lieues ». Il s’agissait dans leur esprit de la Terra Australis incognita, continent chimérique qui occupait alors l’imagination de tous les marins traversant le Pacifique. De leur côté, les Tahitiens suivaient, depuis son arrivée à Mehetia, cette grande pirogue sans balancier. Méfiance d’un côté, préjugés d’époque de l’autre, firent de cette première rencontre un affrontement sanglant, les Peretane répondant aux jets de pierres par leurs canons chargés à boulet et mitraille. Il fallut toute la diplomatie de la « Reine Purea», et la bienveillance naturelle des Tahitiens, pour surmonter ce premier échec et le transformer en une relation d’amitié. Samuel Wallis, commandant la frégate Dolphin, fut le premier Européen à y aborder. Mais souffrant de ce que l’on appelait alors « le mal des vaisseaux », il ne put quitter sa cabine pendant une bonne partie du séjour dans l’île. Heureusement son maître de manœuvre, George Robertson, bien qu’il ne fût pas “gentleman” mais officier sorti du rang, avait une certaine éducation, et surtout un regard et une plume : ses descriptions des premiers contacts – des premiers regards – entre Européens et Polynésiens sont d’autant plus précieux qu’ils sont empreints d’une véritable humanité. Cette traduction du journal quotidien de George Robertson relate le périple du Dolphin entre le 1er juin et le 27 juillet 1767, depuis l’approche des Tuamotu du sud-ouest jusqu'à l’arrivée à Tahiti, et son séjour d’un peu plus d’un mois en baie de Matavai. Ce qu’ignoraient les marins de Sa Majesté Britannique, c’est que le Dolphin réalisait ainsi la prophétie de Vaita grand prêtre de Raiatea, qui avait – lors d’une transe visionnaire – annoncé la venue d’une grande pirogue sans balancier.