Le 24 juin 1812, la Grande Armée de Napoléon, forte de 600 000 hommes et issus " des vingt nations ", franchit le Niémen et pénètre en Russie.
Le 7 septembre suivant, les armées des deux plus grands empires européens depuis celui de Charlemagne s'affrontent près du village russe de Borodino, non loin des berges de la Moskova, à moins de 150 km de Moscou.
Les armées impériales font face aux troupes russes dirigées par Koutouzov (environ 120 000 hommes de chaque côté). Les combats durent plus de quinze heures sous un feu ininterrompu, semblable au roulement du tonnerre selon les dires des témoins. Ils furent terribles en pertes humaines : 20 000 blessés et 10 000 tués chez les Français dont les généraux Montbrun ou Caulaincourt ; 35 000 blessés et 15 000 tués chez les Russes dont les généraux Bagration, Kutaizov et Toutchkov.
Fait rare pour une bataille napoléonienne, les deux camps revendiquent la victoire, que ce soit dans les mémoires des acteurs, les ouvrages des historiens ou les récupérations politiques contemporaines.
S'appuyant sur les archives des pays belligérants, multipliant les points de vue, du général au soldat, analysant l'usage mémoriel de la bataille – témoignages, récits officiels, mémoires, historiographie, littérature, iconographie, cinéma, commémorations officielles et récupérations politiques – et son rôle majeur dans la construction du récit national russe, jusqu'aux guerres actuelles de Vladimir Poutine, Antoine Reverchon dévoile les mécanismes qui mènent à la bataille et décrit non seulement les contraintes matérielles, mais encore les représentations, les intentions et les choix des protagonistes avant que l'événement ne vienne mettre en fusion ce qui l'a précédé dans la fournaise de la bataille. Sans négliger non plus les représentations postérieures des faits, tant les divergences entre récits français et russe sont constitutives de l'histoire de la bataille de la Moskova.
Si l'empire de Napoléon a disparu dans les oubliettes de l'histoire, l'empire russe, immense, est toujours là, gardant le cap d'un projet en grande partie construit à la suite de la " guerre patriotique " de 1812.
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