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Les acteurs étasuniens de la tech concentrent à ce point l’attention médiatique qu’on en omettrait presque d’ausculter la France, où s’affirment pourtant des forces décidées, elles aussi, à faire de la puissance technologique un projet autoritaire.
Alors que se succèdent les vagues d’innovation et les critiques qui les accompagnent, aujourd’hui principalement cristallisées sur l’intelligence artificielle, un mouvement idéologique de fond a, chemin faisant, préparé le terrain à de nouvelles synthèses réactionnaires. Des think tanks aux fonds d’investissement, le projet « technofasciste » prend racine en France sur un terreau rendu fertile par plusieurs décennies de durcissement sécuritaire, d’extension de la surveillance numérique et de mise sous contrôle des populations désignées comme menace. Se compose ainsi un nouvel âge du soupçon, où le darwinisme social et le chacun-pour-soi se parent des atours plus présentables d’un capitalisme en mutation vers un libertarianisme apparemment respectable. Qu’il parle anglais ou français, ce bloc techno-réactionnaire tient le même discours de fond : celui d’une fuite en avant qui approfondit les contradictions de l’époque, accélère les catastrophes sociales et
environnementales, et nous somme d’« innover », bien souvent pour le pire.
Si la nécessité d’une riposte s’impose, encore faut-il savoir sur quelles bases. Les mouvements de contestation, malgré leur vitalité, n’ont jusqu’ici arraché que des gains partiels, tandis que les controverses publiques sur les sujets technologiques demeurent très en deçà de l’ampleur des bascules en cours. Quant à l’hypothèse d’un projet anti-technologique assumé, elle se heurte d’emblée à sa faible acceptabilité sociale. D’où la nécessité, avant d’affronter la question décisive que doit faire la gauche pour résister à la sommation technologique ? –, de défaire les impasses stratégiques où une part de la technocritique s’est laissée enfermer, afin de rouvrir la possibilité d’une maîtrise démocratique des choix technologiques.