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Sans qu’on y prête attention la notion de chef-d’œuvre est sortie du vocabulaire de l’art contemporain. On ne parle plus de chef-d’œuvre que pour l’art du passé, et encore. Pris séparément, les mots qui composent l’expression sont eux-mêmes démodés. À l’heure du management libéral, « Chef » et « œuvre » sonnent trop « vieux monde », on ne trouve plus de chefs que dans quelques niches : les gares, les cuisines, les orchestres symphoniques…! Les artistes pensent davantage leur production comme un continuum au sein duquel les pièces découlent les unes des autres et pour lequel c’est la cohérence de l’ensemble qui fait sens. À l’heure des réseaux sociaux et de l’interactivité sans fin, il y a dans « chef » et dans « œuvre » quelque chose de bourgeois et de vaniteux qui date. Les historiens eux-mêmes n’utilisent plus guère le mot, même pour les œuvres anciennes préférant laisser cette forme superlative à la littérature touristique et à l’emphase des marchands. On peut donc se demander de quoi cette disparition est-elle le symptôme, par quoi elle a été comblée et ce qu’est devenu ce mot maintenant qu’il ne joue plus son rôle de référence absolue, s’il a rejoint les poubelles de l’Histoire ou s’il se tient tapi dans des limbes d’où l’on peut s’attendre de le voir surgir à un moment ou à un autre. Le livre se propose de voir ce qu’il en est du chef-d’œuvre aujourd'hui et si sa disparition est un symptôme permettant de comprendre notre contemporanéité. Deux textes pour deux approches différentes, celle d’un artiste et celle d’un critique. Deux approches qui se reflètent, se complètent, se contredisent... pour que chacun puisse faire le procès critique de cette notion.