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Robert Delpire connaît bien - c'est un euphémisme - la photo, et ce n'est pas un inconvénient ; mais il ne connaît pas grand-chose aux chevaux, et c'est plutôt un avantage ! S'il avait été, en effet, un connaisseur, un hippologue, un hippolâtre, on aurait eu un ouvrage ennuyeux de plus, un de ces "beaux-livres", comme on dit, du genre de ceux que la plupart des éditeurs se croient obligés de proposer chaque année au moment des étrennes, sur "le monde-merveilleux-desponeys" ou "l'univers-fascinant-des-chevaux", et destinés à une clientèle qui, heureusement, se renouvelle indéfiniment, composée de ces cohortes de jeunes garçons et (surtout) de petites filles pour lesquelles les chevaux, grosses poupées vivantes, sont des animaux dont on ne se lasse pas de faire le répertoire.
Jean-Louis Gouraud
Qu'un artiste tombe amoureux de son modèle ne relève pas réellement de l'exception. C'est même plutôt une règle, voire une nécessité, affirment bien des sculpteurs et des peintres. Or, jamais le phénomène n'a eu autant d'ampleur qu'entre les photographes... et les chevaux. Ceci ressort très clairement du simple survol de l'album que nous propose aujourd'hui Robert Delpire. Dans ces pages, on ne trouvera pas l'inventaire exhaustif des origines, des races, des robes, des utilisations, des fonctions, des allures, des postures chevalines. Ni la liste des avantages ou des inconvénients du cheval - dont quelqu'un a dit que c'était un animal "dangereux à l'avant (il mord), dangereux à l'arrière (il rue) et inconfortable au milieu!". L'ambition de Delpire n'est pas de proposer une encyclopédie, mais peut-être une sorte d'anthologie amoureuse, un survol de ce que l'art photographique a produit de meilleur dans sa relation avec "la plus noble conquête de l'homme". Bien que ce ne soit manifestement pas son but, cette sélection prouve au moins une chose: il n'est pas nécessaire d'être un spécialiste de la chose équine ou un accro de l'équitation pour réussir la photo d'un cheval. L'exemple d'Antoine Poupel photographiant "Zingaro" est éloquent, mais on pourrait en citer bien d'autres. Les pages de cet ouvrage en regorgent : il ne semble pas qu'Édouard Boubat, Henri Cartier-Bresson, Marc Riboud, Sarah Moon ou Yann Arthus- Bertrand aient développé au cours de leur carrière un quelconque tropisme chevalin. Et pourtant, quel art, quelle science, quel savoir-faire! Pour légender et commenter la centaine de documents sélectionnés (photographies et extraits de films), Robert Delpire a fait appel à son ami Alain Sayag, un "ancien" du Centre Pompidou, qui présente le double avantage d'être à la fois un connaisseur de l'art photographique et un fin cavalier. À cheval chaque jour sur sa jument selle-français, il pratique l'une des disciplines équestres les plus élégantes, le hunter, dans laquelle sont notés aussi bien la monture (équilibre, régularité) que le passager (position, justesse et discrétion des aides). L'esthétique de l'ensemble est primordiale, et l'harmonie du couple indispensable. Tout comme dans la photographie.