Le sport gay et lesbien qui, dans la lignée des Gay Games, s'est institué
en France depuis le milieu des années 80, connaît un succès croissant.
Partagé entre le monde sportif, dont il critique la culture homophobe,
et la subculture gay, à laquelle il reproche l'imposition de normes corporelles,
il semble encore chercher sa voie. Par-delà ses errements, une originalité
s'affirme néanmoins : en mettant ostensiblement les corps homosexuels en
jeu, il prétend s'immiscer dans des enjeux de représentation du «corps
homosexuel». Enjeux liés à la fois aux images et catégories mentales qui
rendent a priori le sport et l'homosexualité exclusifs l'un à l'autre, mais aussi
aux mécanismes d'élection de porte-parole ou de représentants. Homosexuel
parmi les sportifs, l'acteur du sport gay et lesbien se veut sportif parmi les
homosexuels. C'est de cet écartèlement que naît la possibilité d'un processus
de politisation des mises en scènes du corps : émergence fragile et douloureuse
dans un entre-deux qui cherche à s'inscrire, à se nommer, menaçant toujours de
basculer d'un côté ou de l'autre de l'alternative rejetée.
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