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Une promenade dans un Louvre innatendu ; au côté de chefs-d’œuvres inoubliables, des mondes de masques, d’ardeurs, de passions. Les hommes et les femmes de ces temps lointains nous parlent et sont présents. Le Louvre est beaucoup plus qu’un musée. Le Louvre est beaucoup plus qu’un palais. Il est une ville dans la ville. Une ville cosmopolite, irriguée à longueur de journées par le flot des promeneurs. Une ville, avec ses carrefours trépidants, ses avenues de grande circulation, ses quartiers réservés, ses terrasses dégustatives, ses escaliers dérobés et ses placettes discrètes, ses boutiques et ses magasins. Une ville immense, divisée en quartiers contrastés et bigarrés. Une ville cosmopolite. Dépaysement garanti.
Le visiteur traverse les époques et les pays. Il lève les yeux vers les fastes d’un Orient aussi fabuleux que les jardins suspendus de la reine Sémiramis ; il soupèse du regard les diamants de la Couronne, gardés jadis aussi secrètement qu’aujourd’hui l’or de la Banque de France ; il côtoie les statues en marbre des déesses de la beauté, Aphrodite et Vénus ; il peut faire le tour d’un grand tapis persan, atterri tout droit, semble-t-il, d’un songe des mille et une nuits ; il frémit devant la sombre tragédie picturale du Radeau de la Méduse, mise en scène par Géricault ; ailleurs il apprécie le goût d’un bourgeois éclairé qui fit décorer sa salle de bains de paysages italiens par Corot. Il est saisi d’étonnement devant l’une des plus anciennes statues sortie de main humaine, il y a environ 8500 ans, exhumée à Aïn Ghazal. Il médite sur la guerrre et la paix devant la grande toile de David, Les Sabines arrêtant le combat entre les Romains et les Sabins, où des femmes courageuses mettent fin au combat fratricide des hommes. Il peut suivre des yeux le maniérisme spiralaire du Mercure enlevant Psyché d’Adrian de Vries, couple en bronze, prêt à s’envoler dans un double élan érotique ascendant.
Si le visiteur navigue dans la diversité des pays et des siècles, il est aussi confronté à des univers mentaux très différents, voire inconciliables. Quel abîme sépare des œuvres comme le portrait équestre de Pierre Séguier, chancelier de France, par Charles le Brun, glorifié dans la solennité mondaine de son rôle social, et celui de la comtesse del Carpio, marquise de La Solana, par Goya, qui fait apparaître celle-ci dans un espace immatériel qui s’ouvre sur le mystère même de la peinture ! Cette diversité s’étend jusqu’aux natures mortes (le terme « nature vive » serait plus approprié). Quelle différence entre le riche étalage de poissons, de crustacés et d’animaux marins (même un phoque) dans Marchands de poisson à leur étal d’après Frans Snyders et Le menu de maigre de Chardin, qui groupe un œuf, un poireau et un poisson à côté d’un gril, véritable apologie d’une diététique pauvre en lipides et glucides.