Le premier des territoires administratifs pharaoniques qui, à la suite des
Grecs, reçut l'appellation de nome est né d'une géographie historique
créée par les conditions mêmes de l'existence humaine dans le Sud de
l'Égypte. Lié, dès les origines, aux confins de l'Afrique orientale et à la limite
naturelle de la Vallée que forme la dernière cataracte qui barre le cours du Nil, il
était aussi le réceptacle du miracle vital de la crue annuelle. Ce phénomène naturel
fut tenu par les anciens Égyptiens comme une preuve de la sollicitude divine
envers leur nation et les lieux où il se manifestait acquit une sacralité sans égale.
Plus de trois millénaires durant, l'histoire de la région méridionale, conséquence
de sa nature de porte stratégique de la Nubie et de l'Est africain, marqua le
destin de l'Égypte elle-même. En ce domaine, les documents anciens abondent,
mais ne recèlent que peu de précisions sur les espaces géographiques formant
alors le premier nome du Sud et sont presque muets sur les données théologiques
qui fondent l'intense rayonnement religieux que connaissent les acteurs
divins du miracle du flot salvateur sur toute l'étendue de la Vallée. Ce n'est que
vers le IVe siècle avant notre ère que la consignation des archives sacrées sur les
parois des temples qui se multiplient alors en Haute-Égypte permet d'accéder
aux sources les plus précieuses. Appelées aujourd'hui «processions géographiques»,
associées à des scènes d'offrandes spécifiques, elles régnent sur tous
les soubassements des parois des sanctuaires rénovés aux temps gréco-romains.
Que ce soit vers le nord d'Assouan à Dendara, ou vers le sud de la Cataracte à
Qasr Ibrim de Nubie, cortèges et tableaux sont toujours ouverts par l'incarnation
du Premier de tous les nomes, To-Seti. Le territoire, désormais, abrite un
nouveau lieu de culte, le plus renommé de tout le monde antique, le temple de
Philae, où l'on vénère la reine universelle, Isis, mère d'Horus le Sauveur. Pour elle
et par elle, devenue garante de la paix civile et de l'unité de l'Égypte, sa protectrice
contre les menées des envahissants royaumes soudanais, les nouveaux
conquérants, Lagides d'abord, Romains ensuite, vont de concession en concession.
Ils modifient en l'agrandissant l'espace géographique du nome et, de plus,
offrent à son clergé, pour l'entretien du culte de la Reine et Mère, un patrimoine
inégalé dans la Nubie voisine. Ainsi furent érigés comme terres d'Isis, entre
Assouan et Ibrim, le Dodécaschène et le Triakontaschène. Longtemps après la
proscription des cultes païens par le Christianisme vainqueur et peu avant l'avènement
de l'Islam, Philae accueillait encore des fidèles d'Isis, bien que quelques
prêtres aient encore perpetué son souvenir.
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