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L’Allemagne est-elle un modèle ? Celui qu’on devrait suivre à l’avenir ? Il faudrait ajouter : celui qu’on aurait dû suivre depuis des lustres ! Tant de gens abondent en commentaires extatiques sur l’Allemagne, ses vertus, son goût du travail et ses miracles économiques ! Ce concert ne peut être que le produit d’une pensée solidement carrée sur quelques grands principes. Il repose sur des succès et pas seulement des miracles. Peut-on douter dans ces conditions ? Peut-on aller à l’encontre de la foule des admirateurs de l’Allemagne et proclamer que le modèle n’est pas si pur et qu’on y a découvert des fissures, voire des manques ? Réponse : ce n’est pas facile ! J’écris depuis près de trois ans sur ce thème et je n’ai pas manqué une seule fois de me faire taxer d’esprit étroit, revanchard et franchouillard ! Le modèle allemand est donc la voie, le modèle. Puisque les Allemands ont su le mettre en œuvre et puisque la population allemande a accepté ses contraintes ne faut-il pas le suivre ce modèle ? La plupart des autres pays se montrent incapables de faire comme les Allemands. Le plus simple ne serait-il pas de confier le sort de l’Europe aux gens qui ont eu le courage de réformer et de tout changer : les Allemands ? L’imperium allemand sur l’Europe, via l’économie, les soldes commerciaux, le faible chômage et l’équilibre budgétaire ne conduit-il pas naturellement vers une gouvernance allemande de l’Europe ? Et pourquoi pas un gouvernement ? Malheureusement, si le présent milite en faveur de l’exemplarité allemande, le passé montre que l’Allemagne n’a jamais été un projet politique solide. L’Allemagne n’a pas de légitimité à diriger l’Empire européen parce que l’histoire ne donne à l’Allemagne à aucun moment un certificat de bonne gouvernance multinationale ? Dans ce cas, ne peut-on pas tirer du modèle et de ses réussites contemporaines la raison d’une gouvernance allemande de l’Union Européenne ? La réponse est négative. Le modèle comporte de nombreuses fissures, des manques et des faux semblants. Aux dires des mauvais esprits, le modèle allemand serait comme le fair-play anglais, un article d’exportation ! Le modèle allemand est imaginaire. Dans trente ans, l’Allemagne ne sera plus la première puissance économique européenne. Les Allemands eux-mêmes commencent à se demander si elle existera encore. Beau modèle que celui que les germanolâtres mettent en avant au nom de sa réussite, qu’ils veulent imposer impérialement à l’Europe et qui conduit un des pays les plus riches du monde vers un avenir en forme de grosse Suisse en un peu plus âgée.