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Prix d'Académie française 2013 En Denis Diderot nous apprécions surtout l'auteur des contes et des entretiens, des Salons, de Jacques le Fataliste ou du Neveu de Rameau. Nous saluons sa « gaieté » paradoxale, sagesse travaillée par une décapante folie. Chez le responsable de l'Encyclopédie, philosophe libertin censuré, dont bien des écrits n'ont été publiés qu'après sa mort, une telle revanche vaut reconnaissance : à côté de son « frère ennemie » Rousseau, il est, à la toute fin de l'âge classique, l'une des sources vives de la littérature française moderne. Comment cela ? Promoteur virtuose de la mystification « littéraire », Diderot a expérimentalement sondé les « prestiges » du sensible : art, science, politique. Il y engage à sa manière sa vie. Au croisement du vrai et du faux, du théâtral et du narratif, du privé et du public, de l'oral-corporel et du scriptible-représentable, le portrait gigogne proposé ici du grand (dé)Mystificateur pantomime se voudrait la seule bio-graphie digne de ce nom : celle que dessinent pour lui ses lecteurs à venir, invités à une incessante actualisation critique. L'École du persiflage, ce premier volume, cerne les néologismes persiflage (dès Les Bijoux indiscrets, 1748) et mystification, sa soeur jumelle, avant d'examiner chez l'auteur de la Lettre sur les sourds et muets les premières formes, hallucinatoires et anticipatrices, d'une écriture de l'auto-fiction : La Religieuse (1761), conséquence romanesque d'une mystification, et l'entreprise théâtrale réformatrice, contestée et « automystifiée », Le Fils naturel et Le Père de famille, accompagnés de leurs discours d'escorte théoriques (1758-1759) : période d'audaces, de percées et de conflits, moment de crise.