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Birmanie, 1993. Le pays est sous le joug militaire et la leader politique Aung San Suu Kyi assignée à résidence. Dans ce contexte troublé, le jeune Min Han, sculpteur à la célèbre pagode de Shwedagon, est mêlé malgré lui à un terrible complot visant à s'emparer de l'émeraude sacrée du temple. Cette machination l'entraînera loin des siens, en plein coeur du Triangle d'or. Pour survivre, il deviendra oozie (dresseur d'éléphants), puis passeur d'opium pour des contrebandiers à la frontière thaïlandaise...
«Le destin incroyable de ce jeune héros est aussi l'occasion d'une plongée passionnante dans la culture birmane et son histoire récente.»
QUESTIONS A PASCAL VATINEL
L'Asie est au coeur de tous vos romans pour la jeunesse. Dans «L'Émeraude sacrée de Shwedagon», votre choix s'est porté sur la Birmanie. Comment le genre romanesque vous a-t-il permis d'aborder l'histoire et l'actualité complexes de ce pays ?
Au Myanmar, il subsiste une nature sauvage offrant de sublimes paysages. Mais cette beauté de carte postale ne peut faire oublier que le pays est en guerre depuis des décennies. Conflits externes d'abord, puis la guerre civile et la dictature. La population y vit sous la coupe des militaires. Au coeur de Yangon, une émeraude de 76 carats surplombe la ville. L'oeil de Bouddha contemple des milliers de Birmans et les nourrit de sa lumière. En retour, les pauvres offrent de l'or pour couvrir le toit des pagodes. C'est dans cette culture, ces croyances, que le magnifique sourire des Birmans prend ses racines, malgré l'adversité parfois insoutenable. Loin de l'opulence à laquelle une minorité aspire. Pour créer le personnage de Min Han, le jeune héros de «L'Émeraude sacrée de Shwedagon», j'aurais pu simplement m'inspirer de l'existence initialement programmée pour tant de jeunes, là-bas. Moinillon bouddhiste, habile de ses mains, vif d'esprit, appelé à devenir bonze, peut-être instituteur, et à vivre dans l'ombre du régime en place. Il aurait pu aussi choisir d'être soldat. J'ai préféré imaginer que la vie presque paisible, "planifiée" de Min Han, pouvait aussi basculer dans le cauchemar. Il plonge au plus noir des réalités de son pays : la corruption, le vol, l'esclavage des enfants, le trafic de drogue et de pierres précieuses... Au coeur des ténèbres, il fait davantage que survivre, il lutte, renaît pour, plus tard, reconstruire son existence fort des véritables richesses qu'il rapporte des profondeurs.
«L'Émeraude sacrée de Shwedagon» est votre deuxième roman dans la collection "Aventure ado" («Le Tigre de Baiming» a paru en juin 2012 dans la même collection). Dans ces deux romans, l'aventure a pour point de départ un jeune héros brutalement projeté dans un monde d'adultes dur et cruel. Que peut vouloir dire ce trait commun dans vos fictions ?
Dans mes romans adultes, les personnages sont souvent en proie à une humanité dure et cruelle, en effet. D'autant plus que mes récits s'inspirent toujours de faits réels. Je n'entends pas "adoucir" cette réalité pour m'adresser à des ados. En revanche, et spécialement pour cette collection "Aventure" mes "héros" ont en commun de n'être ni usés ni désabusés, mais ambitieux, volontaires, porteurs d'espoir... et encore pleins d'innocence. Je les choisis au milieu du gué : ils quittent l'enfance pour plonger dans l'inconnu. La plus universelle des aventures, en fin de compte. Ce qui m'intéresse, c'est le regard de ce héros (malgré lui) qui n'est plus un regard d'enfant, par la force des choses, et qui