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Cet essai propose le premier panorama européen précis de la structuration, entre 1815 et 1914, d’un « tourisme de champ de bataille » devenu un phénomène massif au XXe siècle. Dès l’époque romantique, les champs de bataille des guerres napoléoniennes, en particulier Waterloo et Leipzig, attirent des foules de « pèlerins » et de visiteurs, mus par la piété patriotique ou par la curiosité. Avec eux naît un nouveau type de site touristique qui s’étend d’une part aux lieux de mémoire des guerres plus anciennes, réinterprétés comme des « berceaux de la nation », et qui se retrouve d’autre part dans les nouveaux champs de bataille du siècle, en Crimée, en Italie du Nord (Solférino) ou en France après la guerre de 1870. À travers une grande diversité de sources (littéraires, militaires ou encore médicales), et en rassemblant des données issues d’une bibliographie transnationale, il s’agit d’expliquer cette naissance d’une nouvelle sensibilité aux lieux « chargés d’histoire », et les raisons qui poussent à les visiter, à les couvrir de balises et de monuments et à les patrimonialiser bien avant 1914. On se demande aussi dans quelle mesure ces nouvelles pratiques d’identification et de visite des champs de bataille contribuent au recul d’une image héroïque de la bataille au profit d’une mise en évidence de ses sinistres séquelles, en même temps qu’au développement d’une action humanitaire et d’un militantisme pacifiste que la Première Guerre mondiale a en partie occulté.