Ange sans ailes, homme sans gravité, nuage au gré du
vent : nombreuses sont les images à nous dresser du
funambule un portrait, où l'effort ne prendrait que peu de
part. Avoir «une âme de chanvre» suppose bien autre
chose, pourtant, que la Grâce reçue d'un dieu passionné
de voltige. Réalité glissante, le funambulisme nous fournit
aussi, avec sa succession d'équilibres sur un pied puis sur
l'autre, la métaphore la plus appropriée pour dire la
difficulté du métier d'enseignant.
La «profession» du «professeur», comme le
rappelle George Steiner dans Maîtres et disciples,
recouvre bien des nuances et comprend maintes
typologies : du gagne-pain routinier au sentiment exalté
de sa vocation, du pédagogue destructeur au guide
charismatique. Il arrive même que l'intensité du dialogue
conduise à la déraison de l'amour : Alcibiade et Socrate,
Héloïse et Abélard, Arendt et Heidegger ont incarné,
parmi d'autres couples célèbres, la puissance d'une
relation tenant lieu d'épreuve dont l'enjeu, pour les deux
partis, est toujours, cependant, la construction d'un «soi
meilleur».
On comprend que ce singulier attelage ait
puissamment inspiré la création artistique. La littérature et
le cinéma, en particulier. Constatant qu'il entrait dans une
telle relation autant de lumière que d'ombre, nous avons
eu le désir de la regarder de plus près, sous un angle
comparatiste et transversal (historique, sociologique,
anthropologique...) et dans une double perspective
(individuelle et collective). En France comme en
Roumanie, puisque ce volume voudrait d'abord témoigner
de la longue amitié unissant les universités de Clermont-Ferrand
et de Suceava, elle nous est apparue comme une
corde tendue entre «l'histoire humaine» et «l'histoire
idéale». Un travail d'imitation active. Une acrobatie
spirituelle. Un art ?
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