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Ce nouveau recueil de poèmes de Pierre Cendors invoque un monde de solitude – un bout de monde, plus exactement, au contact des grandes évidences élémentaires, celles des terres irlandaises. Un chant nu où s’éternisent les roches brisées par des flots, sous un ciel immémorial comme un silence par lequel l’être se révèle dans sa plus sensible présence. Face à ces paysages, il faut ainsi parler « la langue océane d’un haut pays du vent ». Dans un lyrisme intime, l’exil devient une écoute, une expérience où « la réalité y déréalise son empire », où les landes « disent mieux qu’un poème / l’inépuisable force irrévélée / de la poésie ». En quatre sections – « L’âge du ciel », « l’âge du noir », « Dit de Norgate » et « Hauts-lieux du réel » – illustrées de nombreuses photographies du pays celte, Pierre Cendors retranscrit ce dialogue silencieux où la voix devient la passeuse d’un souffle de hautes pierres, où la poésie affleure sans limite dans l’immensité sublime, balayée par l’inépuisable force du vent vorace, creusant toujours dans la profondeur ce sentiment où « la parole abdique / entre blanchement dans l’ouvert ». Chaque poème, empreint de l’humilité de l’homme face la démesure archaïque et intemporelle de ces paysages abrupts, dépose dans une brièveté nécessaire un verbe qui se dépouille de l’inessentiel pour laisser vibrer l’âpreté du sel océanique, de ces divinités sauvages, de ces ombres à la lisière de l’existant où la poésie circule sans traces, à même le roc, dans une « nuit première », « un absolu anonyme », pour rejoindre « Un solitaire en chacun de nous / En nous tous ce qui est seul ». Car « Au sein des solitudes / sont des cimes / haut-lieux vibratiles du réel ».