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Les hommes et la poussière regroupe l’intégralité des nouvelles d’Elio Vittorini des années 1930 et 1940 — toutes inédites en langue française — écrites au moment où Vittorini est au plus fort de son activité et de son rayonnement, et publie ses œuvres les plus importantes. Ce livre nous font découvrir un autre Vittorini, non plus le romancier mais l’auteur de nouvelles brèves et énigmatiques, à l’écriture essentielle et d’une musicalité rare. Ce volume commence au début des années trente, où l’on voit Vittorini expérimenter diverses directions, dans un style plutôt classique et légèrement influencé par le surréalisme, dévoilant son intérêt particulier pour l’enfance, et nous amène jusqu’à la recherche d’un langage beaucoup plus « moderniste ». Son aboutissement est le petit recueil de « nouvelles » mis en avant dans la première partie du livre. Ces récits, écrits en concomitance ou immédiatement après Conversation en Sicile, témoignent de la même mise au point d’un langage symbolique et prophétique capable d’évoquer chez le lecteur la présence d’une communauté humaine manquante et désirée. Ce geste consistait à « dire sans déclarer », et Vittorini l’avait du reste lui-même imaginé pour soustraire ses textes à la censure. Mais dans ces nouvelles du début des années quarante, naissent aussi les motifs du désert qui figure la solitude humaine engendrée par le fascisme sous toutes ses formes, de la radio qui relie les hommes aux « villes du monde », ou encore de la « bête » qui signifie la peur et son envers – le désir d’action, de transformation. On y voit se forger les images d’une « autobiographie en temps de guerre » et la trame d’une catastrophe amoureuse. Mais le symbole politique qui traverse les années quarante est celui de la ville, qui rassemble chez Vittorini les motifs d’un mythe moderne et d’une recherche d’universalité. Les « villes du monde » (expression qui donnera son titre au futur grand roman inachevé de Vittorini) sont au début des années quarante cet espace utopique que quelques personnages rêvent de loin, pour devenir dans l’après-guerre l’emblème d’un espace politique à construire. Bien que Vittorini n’abandonne pas tout symbolisme, c’est une autre écriture que l’on voit ici, qui nous rappelle aussi qu’il fut l’un des initiateurs du néoréalisme italien. En filigrane, c’est aussi une histoire politique de l’Italie du 20e siècle et de ses intellectuels, dont Vittorini est un exemple à la fois exceptionnel et exemplaire, qui apparaît dans ce volume.