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L’affaire Dreyfus prendra douze ans pour connaître son dénouement : la grâce d’un capitaine à l’honneur misérablement bafoué. Son innocence totale et sa réhabilitation prendront sept années supplémentaires. Ce qui fut sans doute le plus grand des scandales de la fin du XIXe siècle recèle une partie peu connue du véritable martyre que connut l’officier honteusement condamné : sa détention dans les prisons du Cherche-Midi, de la Santé, de Saint-Martin-de-Ré et de l’île du Diable, l’une des trois îles du Salut, en Guyane. Cette correspondance (toujours soumise à la censure avant d’être envoyée) couvre la période allant du 5 janvier 1895, lorsqu’il était détenu à la prison de la Santé jusqu’au 5 mars 1898 dans son cabanon sur l’ïle du Diable, surveillé jour et nuit par des gardiens, dans un climat particulièrement éprouvant. On y trouve les affres d’un homme en proie avec ses idées noires, oscillant constamment entre la révolte, le besoin impérieux d’encourager sa femme, Lucie, à se battre pour rétablir son innocence et son honneur et parfois ses envies suicidaires, mourir plutôt que continuer à vivre l’infamie extrême pour un soldat (il était accusé de haute trahison envers sa patrie) sans pouvoir se défendre. Totalement tenu dans l’ignorance des progrès sur son affaire, jamais pourtant il ne tentera de s’évader. Ces lettres, comme l’écrit en janvier 1898 Lucie Dreyfus au député G. Cavaignac, ne sont « dans l’affreuse agonie de ce supplice immérité, qu’un long cri de protestation, qu’une longue affirmation d’innocence, l’invincible amour de la France. » Le 13 janvier 1898, Émile Zola adresse une lettre au Président Félix Faure, J’accuse…!, dans le quotidien L’Aurore, pour affirmer l’innocence de Dreyfus. Il n’en sortira pas indemne puisqu’il sera à son tour condamné pour diffamation envers une autorité publique et écopera d’un an de prison et 3 000 francs d’amende, soit la peine maximale. Beaucoup citée, peu connue, elle est ici reproduite dans son intégralité à la suite de la correspondance d’Alfred Dreyfus.