Contre la catastrophe.
Qu'un monde pondérable surgisse dans la peinture...
Est-il possible aujourd'hui de peindre des paysages ? De tenter
d'exprimer un sentiment du paysage, sans polémiquer, sans prétendre
définir une esthétique, les règles à respecter d'un art de peindre ?
Tout en proposant cependant sa propre mise en question de l'art
contemporain, aujourd'hui célébré, sa propre interrogation sur le
devenir de la peinture ? Est-il possible encore, aujourd'hui, de vouloir
figurer en peinture, donner à voir en peinture, le vent, la pluie, la nuit
et le jour, les nuages qui passent, les ciels de plomb présages d'orages,
les «enlevés» qui strient des ciels chargés de lourdes nuées ? Et les
collines et la campagne à l'aube et au jour finissant ? Et la vacuité de
midi, les lumières de l'été, la chaleur, le gel ?
C'est ce que fait Louttre. B depuis les années quatre-vingt. Une sorte
d'ordo qui assure visuellement de la permanence du monde et de la
peinture : sa peinture. Après la guerre, c'est comme naturellement
qu'il a adopté, fait siennes, les organisations formelles des peintres
non-figuratifs dont Bissière fut l'un des inventeurs. Mais, dès la
fin des années soixante, à voir dans ses oeuvres ce qu'il en retient,
on ne l'imagine plus guère satisfait d'une peinture dont il pressent
l'enlisement...
Il lui a fallu réinventer une non-figuration délivrée de toute soumission
aux conventions modernistes.
C'est pourquoi à l'aide d'une pictographie simple et dans une palette
sourde ou éclatante Louttre. B a transcrit en ses équivalents plastiques,
comme le peintre ou le sculpteur «primitif», pour citer Bataille et
Griaule, ce que «son esprit sait de la chose représentée». Bref, Louttre
a su inventer et invente, chaque fois qu'il peint, son primitivisme, son
propre socle primitif, qu'il régénère en s'y ressourçant.
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