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Un état des lieux de l’anthropologie ? Non, une série de réflexions sur son mode de connaître et sur son projet de savoir. Alors un essai d’épistémologie de l’anthropologie ? Pas davantage, plutôt des tentatives pour répondre à certaines des questions que pose son exercice. La connaissance ethnographique du présent est-elle logiquement distincte, dans sa composition de la connaissance historiographique du passé ? Le temps qui passe ne commue-t-il pas inexorablement les relations ethnographiques d’hier en documents historiques ? En vertu de quels critères épingle-t-on de la vérité ou de la fausseté sur ces relations ? La méthode interprétative dont use l’anthropologue, comme l’historien, pour faire comprendre autrui en livrant les bonnes raisons qu’il a d’agir comme il agit ne présuppose-t-elle pas le recours à la psychologie ordinaire, consistant à assigner à autrui des états d’esprit à son prochain, promus dès lors en explication de ses agissements ? Le privilège conféré dans les sciences historiques à l’explication intentionnelle tient-il au mode de connaître adopté ou au mode d’être présumé des phénomènes à connaître ? Le prix à payer pour se rendre autrui intelligible n’est-il pas de décréter qu’il est coulé dans le même moule mental que l’interprète ? Serait-ce faire acte de charité que de postuler qu’autrui est notre pair en rationalité ? Le fait évident que tous les hommes ne tiennent pas pour vraies les mêmes pensées conduit-il à professer le relativisme de la raison et donc l’idée de la relativité du vrai ? Mais si la vérité est plurielle, comment peut-il se faire que l’on parvienne à traduire les énoncés d’autrui, c’est-à-dire à rendre l’original et sa traduction approximativement synonymes ? La réussite de cette traduction, rarement mise en doute par son auteur, ne démontre-t-elle pas la fausseté de l’idée de relativité du vrai ? Gérard Lenclud est directeur de recherche honoraire au CNRS, membre du Laboratoire d’anthropologie sociale. Il a publié en 2012 : En Corse. Une société en mosaïque, Paris, Maison des sciences de l’homme ; à paraître en 2013, en collaboration avec Jean-Marie Hombert, Comment le langage serait venu à l’homme, Paris, Fayard.