Le livre interroge la dimension « expérimentale » revendiquée dans l’« Avertissement » précédant les Ballades lyriques de 1798, et porte l’accent sur la nature du savoir « différent » mis en œuvre dans ce recueil issu de la collaboration entre les poêtes William Wordsworth et Samuel Taylor Coleridge.
Livre culte, Lyrical Ballads de 1798 est tout à la fois un recueil de son temps et un ouvrage d’avant-garde. Expérimental, il ouvre la voie au romantisme, mais les innovations qu’il met en œuvre « conversent » avec la poésie du long XVIIIe siècle dont il procède largement. D’inspiration démocratique, il « nivelle » les hiérarchies des genres, décapite la poetic diction en usage et donne à entendre la langue communément parlée. Dans le même temps, il pose les jalons d’une « idéologie » attachée à renouer avec la tradition, neuf années après 1789.
Longtemps décrit, à tort, comme révolutionnaire, le recueil est pourtant précédé d’un « Avertissement » – à croire qu’il présentait un réel danger. En vingt-trois poèmes, il explore un savoir (lore) résolument « différent », qui porte sur la réalité, en poésie, du sentir, du souffrir, mais aussi du (se) souvenir. Intrigant savoir, à propos duquel les interrogations éclipsent les réponses. Mais savoir ô combien nécessaire : à l’encontre des armes destructrices fourbies par la civilisation du temps, la poésie de Wordsworth et de Coleridge prend obstinément en charge l’individu humain dans ce qu’il a de singulier. Et ce, for thy sake, nous est-il rappelé en matière d’épilogue. Car, et c’est par là que tout a véritablement commencé, les Lyrical Ballads relèvent tout autant d’une poétique que d’une « politique de l’amitié », le temps au moins d’une collaboration restée quasiment sans égale dans l’histoire de la poésie anglaise. Wordsworth ET Coleridge, ou la différence en partage.
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