« Les mots vous lâchent, il est des moments où même eux vous lâchent. (Se tournant un peu vers Willie.) Pas vrai, Willie ? (Un temps. Se tournant un peu plus, plus fort.) Pas vrai, Willie, que même les mots vous lâchent, par moments ? (Un temps. Elle revient de face.) Qu’est-ce qu’on peut bien faire alors, jusqu’à ce qu’ils reviennent ? Se coiffer, si on ne l’a pas fait, ou s’il y a doute, se curer les ongles s’ils ont besoin d’être curés, avec ça on peut voir venir. (Un temps.) C’est ça que je veux dire. (Un temps.) C’est tout ce que je veux dire. (Un temps.) Ça que je trouve si merveilleux, qu’il ne se passe pas de jour — (sourire) — le vieux style ! — (fin du sourire) — presque pas, sans quelque mal — (Willie s’effondre derrière le mamelon, Winnie se tourne vers l’événement) — pour un bien. »
Samuel Beckett ( Dublin, 1906 – Paris, 1989 ) est l’auteur de romans, de pièces de théâtre, de poèmes et de textes brefs. Sa pièce En attendant Godot, publiée en 1952 et créée l’année suivante, l’a rendu célèbre dans le monde entier. Beckett a écrit Oh les beaux jours en anglais sous le titre Happy Days entre 1960 et 1961 et l’a traduite en français. En 1969, il reçoit le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre, dont l’intégralité est publiée aux Éditions de Minuit.