L'ambition de cet essai est, pour l'Afrique intertropicale, d'articuler la
question paysanne à celle de la modernité, contre l'idée reçue que le paysan
africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Il considère la façon dont le
«paysan africain» s'inscrit, en temps et en lieux, dans l'histoire de la
modernité, d'un côté comme catégorie du discours dominant et d'un autre
dans son historicité particulière, c'est-à-dire dans la façon dont il «travaille»
l'espace et le temps sur la durée.
L'ouvrage met en lumière l'incertitude des recompositions sociales et
spatiales contemporaines (globalisation, rurbanisation, «désagrarianisation»,
pression démographique, errances des politiques agricoles publiques et
internationales...), qui impose de reconsidérer les catégories avec lesquelles
on pense le milieu rural africain, à commencer par celles qui distinguent
traditionnellement le rural et l'urbain. Il mesure aussi les implications de la
révision radicale des interactions historiques entre les processus politiques
de formation nationale et la modernisation inaboutie d'une paysannerie qui
constitue largement la moitié de la population active. Son objectif est d'ouvrir
un débat où rien n'est «écrit d'avance», et paradoxalement de sortir d'une
rhétorique du progrès qui autorise toute économie d'échelles comme autant
d'économies de pensée, qu'elles soient de temps ou d'espace, et qui ramène
les histoires singulières et problématiques et les territoires diversifiés à un
moment unique et à l'espace lisse d'un développement dont on voudrait
faire l'unique moteur d'une histoire mondialisée.
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