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Le premier Cahier de la Coopérative des littératures [ C. C. L ] émane de l’association La Coopérative des littératures : celle-ci a pour ambition d’organiser des rencontres dans le champ de la création poétique, de les confronter à d’autres arts, d’explorer les domaines de la traduction comme de la réflexion théorique. Elle souhaiterait envisager ses angles d’attaque à l’intérieur d’un commun que le mot « coopérative » explore au pluriel de propositions. Les cahiers, publiés par les éditions Nous, paraîtront au mieux une fois l’an. Ils se veulent moins fronton de revue (pas de numérotation) mais volume collectif explorant un axe de recherche ou volume monographique, comme cet ensemble sur le travail de Pierre Parlant. La Coopérative des littératures est constituée de 6 membres : Delphine Ménage, Christine Plantec, Benoît Casas, Jean-Patrice Courtois, Emmanuel Laugier et Pierre Parlant. Ce premier volume, monographique, comprend entretiens et textes inédits avec et de Pierre Parlant, ainsi que onze interventions sur son travail et sur quelques livres précis. Le travail de Pierre Parlant construit depuis plus de 20 ans une avancée sûre et certaine dans le champ de la littérature de création et particulièrement de la poésie contemporaine : ses livres sont des marqueurs rares, par leur délicatesse, leur audace, leur tact, mais aussi par les déplacements qu’ils opèrent, et parfois leur violence syntaxique et sémantique. La langue qui les constitue, pas à pas, toujours en avant d’elle-même, invente un mode singulier de vision. Si le « résultat de l’action du discours, comme l’écrit PP « est toujours, sous mille rapports, de donner à voir », il va sans dire que ce sont ces milles rapports et les régimes, les modalités, temporels que sa conduite appelle, qui forment la puissance de surgissement de cette écriture. J.-F. Lyotard parlait, en une expression magnifique, de « la vue bordant le discours », il faudrait élever le singulier de la chose vue au cube de la volumétrie des mots et du phrasé très singulier de PP pour se figurer ce que chacune des expériences conduites dans ses livres œuvre. Jean-Patrice Courtois a écrit que le poète travaille à l’œil et plus précisément que si « le poète travaille à l’œil », c’est qu’il y a, dans ce discernement-là, une évaluation en vues spéciales de ce qui doit être acté dans la poésie pour que s’opère un déplacement de la poésie. Acte à la vitesse une et indivisible. Arno Bertina parle ainsi dans son texte sur Modèle habitacle de l’invention « de fait d’une nouvelle grammaire du voir et du dire », et des brèches que le « souvenir fuseau » ouvre dans la mémoire comme « un point de nerf dentelle », « un orgue de nerf avec tuyaux, clavier et habitacle où résonner » (PP). La capacité de « résonnance » comme habit, manteau, drapés (ce qu’étudie Yann Mirallès) évoque autant l’attention aux plis, aplats, formes, nuances, etc. de la peinture telle qu’elle est impliquée dans son écriture (Pontormo, Duccio). C’est toute une sonographie, interne à ses prosodies, qui à chaque livre invente les modalités temporelles de sa conduite : « une affaire de bande-son, un traffic de bandeau sous le rapport d’un signal-bruit » dit PP. Le double « travail tout à l’oreille » et à l’œil forme ainsi chez PP un tissage aussi singulier qu’il entremêle librement toute sorte de matériaux.