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L’histoire de l’ethnologie a largement insisté sur les pratiques de collecte d’objets, y compris sur ceux ayant été volés aux populations qui en avaient la charge. La mission Dakar-Djibouti, qui traversa le continent africain entre 1931 et 1933, est considérée comme fondatrice de l’ethnologie professionnelle en France. Elle a rapporté presque 3500 objets actuellement conservés au musée du quai Branly-Jacques Chirac et a défini des méthodes de collecte et d’enquête qui ont marqué la discipline. Mais comment comprendre que les membres de cette mission ethnographique aient aussi ramené en France près de deux cents oiseaux naturalisés dont nombre d’entre eux gisent aujourd’hui dans les réserves du Muséum national d’histoire naturelle ? Comment interpréter le fait que, avant même d’atteindre le Sénégal, Marcel Griaule, le directeur de la mission, réclame au sous-directeur du musée d’ethnographie du Trocadéro des bagues pour étudier les migrations d’oiseaux ? Pourquoi Michel Leiris, écrivain surréaliste devenu ethnologue, s’intéresse-t-il au langage de la tourterelle chez les Dogon ? Que sont devenus les quatre rapaces rapportés vivants par Griaule à la ménagerie du Jardin des Plantes ? Quels savoirs ornithologiques ont été recueillis tout au long de la mission, auprès des populations africaines ?
Basé sur de nombreuses archives, pour la plupart inédites, et de riches illustrations, ce livre propose d’interroger la rencontre entre ethnologie et ornithologie à l’origine même du développement de l’ethnologie française. Partir des oiseaux pour écrire cette histoire oblige à changer de perspective, à pointer les affinités entre des pratiques d’observation et de collecte, à interroger la transformation d’oiseaux en spécimens ou la présence de plumes, de becs, de morceaux d’ailes dans les objets acquis (ou parfois volés) par la mission. Mais cette histoire de l’ethnologie à partir des oiseaux est aussi une invitation à revisiter celle des sciences en situation coloniale, à mettre en évidence les affinités entre ethnologie et surréalisme ou les interférences entre la chasse et la collecte d’artefacts, voire entre la taxidermie et le désir masculin.