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Claudie Lenzi s’attache aux destinées de ses pairs, de ceux qui ont perdu l’ouïe, mais ont poursuivi leur travail malgré tout et ce tout est gigantesque. Elle s’adresse à eux, les interpelle, les pousse dans leurs retranchements, interroge leur rapport à la vie, à leur surdité, aux autres, ceux qui sont restés dans le cocon « entendant », n’édulcore rien en une langue sans fioritures qui bouscule. Pas de vouvoiement ici, le tutoiement est de mise dans cette fraternité de situation, dans la violence infligée par la vie, ce détournement, d’un être par l’apparition du manque : soudain, la vie sociale, la communication, la perception du monde sont bousculées, définitivement. La perte de l’audition a la faculté de s’incarner ici dans le verbe, sa forme, ses rythmes. L’écriture est alors la danse d’un corps qui se délite. Le regard sans concession se teinte d’humour, nécessaire distanciation alors que l’oratorio final est scandé par les injonctions des aides auditives... Voici que se presse la cohorte des compagnons d’infortune : les poètes de la Pléiade, Du Bellay, Ronsard, les peintres, Goya, Van Gogh, le musicien, Beethoven, une femme enfin, l’incroyable Mabel Bell, épouse de Graham Bell, l’inventeur du téléphone...