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Parus pour la première fois en 1910 à Saint-Pétersbourg, les Récits de la Perdition sont inspirés par les dix années d'exil de Vladimir Tan Bogoraz, entre 1890 et 1900, au cœur de l'inhospitalière Sibérie – la Kolyma, devenue « Perdition » dans le langage des exilés. Passés à travers le filtre de la fiction, ces récits évoquent avec humour, tendresse et rudesse la vie d'une colonie d'hommes et de femmes bannis pour raisons politiques, immergés dans une nature extre?me peuplée de Iakoutes, de descendants des premiers colons russes et de Cosaques. « Nous vivions comme des robinsons d'un genre nouveau, des robinsons polaires. » Tous re?vent de retrouver leur patrie, travaillent au coude à coude pour assurer leur survie, et interagissent : c'est la vie au quotidien – intime ou collective – qui est dépeinte, mais aussi le caractère et la personnalité des protagonistes dont aucun ne laisse indifférent, mus tour à tour par la fantaisie, l'ivresse, le désespoir ou un éperdu besoin de tendresse... Une vie dans laquelle les habitants autochtones éveillent l'intére?t et la curiosité des nouveaux venus, ce qui vaudra à Bogoraz de laisser son empreinte comme père de l'ethnographie russe. « Je m'efforçais de tout voir, tout connaître en détail. Je ressentais une avidité insatiable, comme s'il y avait, dans les profondeurs de mon âme, un gouffre », dira-t-il plus tard. En me?me temps qu'ils s'imposent par leur force littéraire, ces Récits de la Perdition laissent entrevoir ce que furent les âpres conditions des hommes et des femmes expédiés sur les rives de la Kolyma, ravalés au rang de « troglodyte de l'âge de pierre » par cet exil dans un environnement dépouillé et hostile. Écrivain et révolutionnaire, Vladimir Tan Bogoraz (1865-1936) est considéré comme l'un des fondateurs de l'ethnographie russe. Arrêté pour activités révolutionnaires en 1889, il est relégué dans le nord-est de la Sibérie pour dix ans. C'est là qu'il commence à étudier les peuples autochtones, ce qui a constitué un matériau précieux pour ses écrits scientifiques et littéraires. En 1901 il est nommé conservateur du Muséum d'histoire naturelle de New York. De retour en Russie, il devient professeur à l'université de Petrograd. Ardent défenseur des peuples autochtones, il est à l'origine de la création du Comité du Nord à Leningrad, en 1924.