«La distinction est toujours à maintenir entre le "vivant" et "l'existant".
Il y a souvent cette confusion qui peut entraîner des dérives redoutables
sur le plan des civilisations, dérives auxquelles on assiste actuellement : ce
qu'on a appelé la bio-polique, remarque reprise par Foucault, mais qui a été
articulé par Giorgio Agamben à partir de réflexions de Walter Benjamin.
Ça me semble d'une importance considérable. Naturellement, on a à faire
en psychothérapie et en psychiatrie à l'existant, qui n'est pas étranger au
vivant. Mais comment peut-on définir ce qui est de l'ordre de l'existence ?
C'est toujours un peu délicat d'aborder de tels problèmes, mais ce sont
des problèmes considérables et si l'on néglige les articulations de cette
différence, on est complice d'une aliénation effrayante et d'un ravalement
de la culture et de la civilisation qui aboutissent à ce que vous connaissez.
Ça peut aller jusqu'au camp de concentration.
On peut se référer à la définition subtile et très condensée de Lacan :
l'existant, du fait qu'on est de "l'espèce humaine" - comme le disait
Robert Antelme, qui sortait des camps - est "condamnée au langage".
Lacan utilisait un néologisme : un "parlêtre". On n'y échappe pas même si
on ne dit rien».
Jean Oury.
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