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Le thème du « ras-le-bol » fiscal revient régulièrement dans le débat public français. Les formes prises par la contestation varient, de l’exaspération discrète aux mobilisations les plus bruyantes. Pourtant, les contribuables continuent massivement à remplir leurs obligations. Contre toute attente, ce sont les ménages bénéficiaires des politiques sociales qui se montrent les plus critiques à l’égard des prélèvements. À l’inverse, l’adhésion au système fiscal est d’autant plus fièrement revendiquée par les membres des classes supérieures qu’ils peuvent en apprivoiser les règles. Tel est le paradoxe que cet ouvrage explore, en se fondant sur une enquête statistique inédite ainsi que sur des observations et des entretiens menés auprès de contribuables ordinaires venus au guichet pour contester, négocier ou payer leur dû. Il révèle les fractures de la société, au miroir des prélèvements. Loin d’être le simple produit d’un individualisme débridé, la résistance à l’impôt reflète l’identification à des groupes – les classes moyennes, les indépendants, les ruraux – qui se perçoivent comme oubliés des institutions. À l’ombre des missions régaliennes et des prestations les plus visibles, il existe pourtant tout un pan de l’action de l’État dont les bénéficiaires n’ont pas conscience et qui pourrait disparaître faute d’être défendu. Alexis Spire est sociologue, directeur de recherche au CNRS. Il a notamment publié Étrangers à la carte (Grasset, 2005), Faibles et puissants face à l’impôt (Raisons d’agir, 2012) et, avec Katia Weidenfeld, L’Impunité fiscale (La Découverte, 2015).