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La rue des Vivants serpente dans un quartier pauvre de la grande ville, à quelques encablures du port qui emploie - mais les temps sont durs - des dockers rudes au mal et souvent ravagés par l’alcool.
La petite Sabine évolue dans ce monde où le mot misère est trop précieux pour être utilisé et où il s’agit chaque jour de se débrouiller pour manger et s’habiller. Quand sa mère ne l’envoie pas à la recherche du père ivre dans un bistro ou réclamer du crédit à des marchands sans scrupules, elle s’évade et s’invente des histoires au bord du fleuve impassible, rêvant une vie qu’illuminent quelques rares éclats de lumière au milieu du gris des usines.
Lorsque Suzanne Martin, qui a grandi dans cet univers, entre débrouille et humiliations, devenant artiste peintre loin des siens, a proposé ce premier livre à Gallimard, c’est l’optimisme rayonnant de cette enfance pauvre sublimée par une langue inventive qui a suscité l’enthousiasme des éditeurs. Roman cruel et fort, il est parvenu, plusieurs décennies après, à garder intacte sa beauté inquiète.
Sabine revient enfin hanter, plus vivante que jamais, la rue de son enfance courageuse.
Suzanne Martin naît en 1924 sur la rive droite de Bordeaux, dans une zone ravagée par la pauvreté, au sein d'une famille nombreuse. Après deux années d’usine et un mariage émancipateur à 16 ans, cette autodidacte s’évade de son quartier portuaire, met au monde une fille dans la Sarthe, puis s’installe à Paris en 1946. Couturière au noir, elle s’y révèle peintre, écrivain et poète. Sous l’œil bienveillant de Jean Paulhan et de quelques autres, elle publie deux romans chez Gallimard qui resteront ses seules œuvres littéraires : Rue des vivants en 1959 (qui obtient le prix Fénéon 1960) et Le chien de l’aube en 1962. Après de nombreuses expositions, son œuvre plastique sera couronnée par une grande rétrospective en 1970, à Bordeaux où elle reviendra s’exiler en 1989.